La balistique
            Qu'il s'agisse d'un petit plomb de 4,5 mm ou d'un redoutable calibre comme le 375 HH, en passant par les arcs, arbalètes et autres engins, la séquence d'une séance de tir est strictement la même à savoir : 
 
• Viser. 
• Tirer. 
• Constater. 
• Et... modifier. 
 
              Que les tireurs soient des professionnels du tir, des passionnés ou même de simples amateurs (tir de loisir) ils seront amenés à faire et refaire toujours les mêmes gestes. Même sous une hypnose provoquée ou automatique (je m'en suis rendu compte lors des 25 heures d'endurance de tir au 22 L.R. avec une cadence de 240 coups/heure) le tireur va immanquablement et à chaque fois, regarder, viser, appuyer sur la détente (à un moment donné, plus ou moins critique et qu'il juge bon), pour ensuite, par un geste plus ou moins rapide, coller son oeil à la jumelle ou télescope de ... Galilée !
               Voilà par ce véritable ballet gestuel, l'exemple type d'un automatisme aigu plus ou moins gracieux, et surtout dans tous les cas, plus ou moins réussi. 
 
              Indépendamment de la vocation ou de la nature de l'armement utilisé, cette séquence représente indéniablement le seul point de convergence de tous les tireurs. Un véritable point commun.
           Bien entendu, chacun d'entre nous réalise ces gestes à sa manière plus ou moins personnelle (et parfois même d'après ce que je vois sur les stands "très personnelle"). Mais le moment le plus émouvant, c'est peut-être juste après le tir, quand le tireur se penche désespérément inquiet sur sa jumelle (son télescope voyons) comme si, de par ce geste ultime, il pouvait en quelque sorte "encore téléguider" son projectile. 
 
           Malheureusement, ni la puissance d'une jumelle ou d'un télescope, et encore moins l'acuité du regard, ni une volonté de fer n'y pourront rien. Si le coup est mal parti, il le restera et il ne pourra que le constater. D'ailleurs, ce qui est fascinant dans le tir, c'est justement qu'en refaisant les mêmes gestes, avec la même arme, mêmes munitions, même position, même éclairage, etc... et sauf un véritable miracle, nous ne pourrons jamais mettre tous les projectiles les uns derrière les autres, surtout si leur nombre est important.
              Pour ce qui est de la correction à effectuer, le geste le plus important (et de loin) lorsqu'il s'avère nécessaire est l'automatisme aigu dont nous parlions, et qui devient alors de moins en moins évident. 
 
              Pour parler franchement, certains ne le connaissent même pas. Les corrections ne faisant pas partie de leurs habitudes. Le paradoxe est alors total car nous faisons absolument tout pour réussir, mais en même temps, nous ne faisons strictement rien (ou presque) pour vraiment réussir! 
 
            Il faut aussi avouer que la nature des tireurs (comme partout d'ailleurs) est parfois étonnante. Il y aura toujours une façon de s'arranger, un bon prétexte, de telle sorte que même si notre carton ressemble à une véritable "passoire", il y aura toujours ceux, pour qui un impact ou deux près du centre suffiront largement comme récompense. Ces deux coups (très sympathiques car bien placés), valent à eux seuls la séance complète de tir. Quant au reste de la "passoire", aussi lamentable soit-elle, n'a alors presque (ou plus du tout) d'importance. 
 
              L'indulgence s'installe comme par magie et aussi rapidement que les bons coups arrivent. Tout comme si, sur le terrain, il n'y avait à chaque fois, que des "bons coups" (je parle des points) qui iront forcément se présenter en exclusivité. 
 
          En quelque sorte, ces deux coups deviennent automatiquement et pour un bon moment, les représentants "officiels" de notre performance. A tel point que l'on finit par se demander, très sincèrement, une fois la séance terminée, d'où est sorti tout le reste de la "passoire". 
Ceci durera certainement jusqu'aux prochains trous, lors d'un autre carton (évidemment encore plus sympathique). 
 
             D'ailleurs il ne faut pas croire qu'il nous "faille" absolument un ou deux coups sympathiques pour se trouver des excuses. Il m'est déjà arrivé de voir des groupements, littéralement lamentables, et d'écouter ensuite des arguments d'excuse absolument invraisemblables, auxquels l'auteur du tir croyait dur comme fer. 
 
          Cette attitude,pardonnable peut-être pour un "casseur de pipes" à la Foire du Trône, ne peut pas l'être dans d'autres circonstances, notamment à la chasse ou encore plus, dans le monde de la Sécurité-Défense, ou de la sécurité, même de la défense tout court.
            Viser, tirer et constater les résultats lors d'une séance de tir c'est certes très bien, mais, ne serait-ce pas mieux de savoir les analyser et les interpréter correctement pour essayer de les améliorer en permanence. 
 
            Les miracles existent (eh oui, au tir aussi) mais il faut s'avouer que le fait de réussir régulièrement des bons cartons et même de très bons cartons, dans des circonstances parfois différentes ou nettement différentes, n'est certainement pas le pur fruit du hasard. Il y a toujours, à la base, une analyse correcte et détaillée. 
 
            D'autre part, il faut bien se mettre dans la tête qu'il n'y a pas que l'entraînement qui compte, il faut également comprendre à chaque fois ce que l'on fait. Le but recherché et tout bonnement très simple : Il suffit de placer tous les projectiles à l'endroit voulu. Le problème c'est que ce but, si simple soit-il, dépend d'une multitude de facteurs dont certains sont parfaitement évidents ou logiques, et que d'autres le sont beaucoup moins. 
 
            Pour analyser les résultats d'un tir, il faut commencer par parfaitement distinguer les concepts les plus élémentaires comme celui de la précision, ou de la dispersion, et ensuite correctement effectuer les mesures qui s'imposent. 
 
            Le fait de s'entraîner sur une cible fixe permet de mesurer nos capacités en matière de précision et de consistance. Or, il ne faut pas oublier que sur un stand de tir, les conditions sont, pour ainsi dire, les meilleures que l'on puis trouver. On peu minimiser (ou écarter) l'erreur humaine à volonté, on choisit absolument tout : Calibre, arme, système de visée, munitions, accessoires, la distance de tir (point très délicat sous certaines conditions), modèles de cible, et puis on a le temps, ne serait-ce que pour bien viser. 
 
          Ainsi le résultat obtenu est en quelque sorte "précieux" car il s'agit de notre meilleure performance possible et quelque part notre meilleure performance tout court. A ce titre, il faut absolument lui accorder toute notre attention, en sachant que réussir un carton dans un stand n'est nullement synonyme de réussir le même carton sur le terrain. 
 
            Un très bon résultat sur un stand peut facilement devenir une véritable catastrophe sur le terrain et vice-versa. 
 
            Entre le tir idéal et le tir réel il y a parfois un tel abîme que les vraies surprises ne sont pas rares et seul l'intéressé peut y remédier à sa manière. Il est le seul à se connaître et à connaître son armement. Il faut simplement se rappeler qu'un stand de tir nous offre (en règle générale) les meilleures conditions de tir possible. Les "passoires" sont absolument alors à éviter en toute circonstance. Nous allons systématiquement rechercher un maximum de précision et de consistance, mais pour cela il faut apprendre à comparer les différents résultats d'une manière un peu moins simpliste. 
 
            Il ne s'agit pas d'apprendre à obtenir un score (ce qui est un concept tout à fait relatif) mais d'identifier la qualité d'un certain nombre d'impacts. S'entraîner au tir c'est bien, très bien même, mais tous ceux qui recherchent un maximum de précision et de constance, savent parfaitement que le temps ne joue pas en leur faveur, au contraire... Les lois de la probabilité sont là pour le prouver et nous aurons l'occasion d'en reparler. 
 
          Qu'on le veuille ou non, il y aura toujours une dispersion plus ou moins importante malgré l'adresse du tireur et la qualité de l'armement. En plus, cette dispersion s'accroît avec le temps, ou si l'on préfère, avec le nombre de coups tirés. Il faut apprendre à reconnaître la juste valeur d'un groupement et à saisir les différences intéressantes et significatives d'un tir à l'autre. 
 
          Au coeur du problème nous avons deux choses : Le tireur et son armement. Mais ces deux éléments aussi évidents soient-ils, renferment à leur tour des choses qui le sont beaucoup moins, et parfois difficiles à maîtriser. Ainsi, avant d'apprendre à mesurer la précision et la dispersion, il convient de bien connaître les différentes causes qui s'y rattachent.
            Nous passerons les principales, en revue : (Les mesures vont nous apprendre la taille de l'erreur commise, mais ensuite savoir de quel côté se pencher pour essayer d'y remédier). 
 
• Il ne s'agit peut-être que d'un simple problème de visée, ou d'un lot de munitions défectueux par exemple ? 
• C'est peut-être le tireur lui même qui m.... ! 
• La température du canon ? 
• Il y a peut-être plusieurs choses qui interviennent ensemble, ainsi la valeur et le sens de la correction prennent alors une autre dimension. 
 
            Parfois on peut réussir un bon groupement sans savoir qu'il y a deux (ou plusieurs) facteurs d'erreurs qui se compensent entre eux, mais qui ne le seront plus, ou qui le seront moins dans d'autres circonstances. Parfois c'est l'addition d'un malheureux concours de circonstances. Par exemple, ceux qui tirent des projectiles différents dans la même arme savent parfaitement que le point d'impact n'est plus et ne peut pas être le même. Dans ce cas, les facteurs qui entrent en jeu sont plutôt nombreux et complexes. Dans cet ensemble, très courant, il ne faut pas non plus, oublier de prendre la cadence de tir en considération. 
 
            En effet, lorsque l'on change de projectile, l'échauffement du canon devient différent puisque l'acier du canon ne subit strictement plus les mêmes contraintes, l'obligeant ainsi à changer les données concernant le départ du projectile. Le tir rapide est donc, ici, particulièrement mal venu, car une cadence trop rapide ne fera qu'amplifier des différences. 
 
            Ce n'est qu'un exemple parmi une foule de situations qui peuvent se présenter. L'important c'est de les connaître, les reconnaître et de savoir les aborder une par une, l'une après l'autre. Je répète que le hasard n'est pas responsable de bons résultats, surtout si ceux-ci se présentent en permanence. Aussi l'un de mes buts, est de montrer au tireur qu'il est responsable et certainement capable de mieux faire, même s'il ne le sait pas!
            En effet, un bon carton peut suffire à certains pour ne pas songer à faire mieux, ou de ne pas se poser la question, surtout lorsqu'on a tendance à ignorer (sciemment ou pas) certains "trous" moins sympathiques, et d'autres carrément désagréables. 
 
            Si notre objectif en matière de tir est d'optimiser celui-ci, de l'améliorer, la remise en question est pour ainsi dire obligatoire, y compris à la Foire du Trône.