Texte et photos de DECAMME Jean
 
 
  Depuis les essais effectués avec les nouvelles lunettes importées par un armurier de Grenoble et les splendides résultats obtenus, je rêvais de pratiquer cette discipline avec un bon fusil à poudre noire, c'est à dire à chargement par la bouche. 

  Oh, je ne désirais absolument pas prendre une des carabines dites "spéciales tir" mais simplement une bonne arme classique, ressemblant un peu à celle des années 1860. 

  Mon choix se porta donc naturellement sur la classique carabine TRYON, déjà traitée avant ces fameuses lunettes. 

  Idée folle ? Peut-être ! Mais alors pourquoi un plus fou que moi me répondit-il : Chiche ! 
 
NOTA : Hélas, depuis son armurerie à fermé ses portes, mais sa création reste toujours actuelle, alors si vous désirez éventuellement ce genre de lunette, consultez donc le Président Confédéral directement. 
  Et le 15 Mars 2004, je recevais ce montage. 

VOYONS D'ABORD UN PEU L'HISTOIRE DE CES ARMES DE BENCH-REST

  Initialement réservé à l'élite du tir à longue distance, le tir de Bench-Rest a représenté (du moins aux Etats-Unis) le sommet de l'arquebuserie fine. 

  Pourquoi surtout aux Etats-Unis, me diriez-vous ? Mais tout simplement parce que tous les colons, qui venaient de toutes parts, comptaient de nombreux armuriers, outilleurs et métallurgistes dans leurs rangs. 

  Et comme la demande d'armes (de bonnes armes) était toujours croissante, ils laissèrent libre cours à leur imagination. D'abord en réparant les armes importées et cassées, puis en améliorant ces dernières et comme il fallait s'y attendre, en les créant eux mêmes, selon les desiderata des clients, toujours plus connaisseurs et exigeants. 
ême aspect que leurs aînées.
 

  Bien entendu, en armes comme dans bien d'autres domaines, certains clients assez fortunés, se faisaient fabriquer de petites merveilles, aussi bien en riches décorations qu'en pure précision de tir. Et comme il fallait s'y attendre, des concours s'organisèrent, simplement pour savoir qui était le meilleur tireur mais aussi et surtout, qui possédait le meilleur fusil.

  Les canons rayés et surtout les platines à percussion apportèrent une nette amélioration dans ce domaine et surtout dans tous les tirs à grandes distances. N'oublions pas que ces armes (à poudre noire) étaient fort capables de tenir la mouche à 400 mètres et d'obtenir des précisions de tir à 1.000 mètres et plus (alors que certaines armes dites modernes ne pourront jamais égaler). 

Par villes nous avions (pour ne citer que les plus connues), sinon la liste serait bien trop longue : Les noms avec un astérisque (*) étaient surtout réputés pour les armes, justement de Bench-rest. 

• BELLOW FALLBROCKWAY (*). 
• BROKWAY BILLINGHURST. 
• CORNISH DAVID HALL MILLIARD. 
• NATCHEZ O'DELL. 
• NEW YORK BILLINGHURS & BROKWAY. 
• SAINT LOUIS JACOB & SAMUEL HAWKEN. 
• GEMMER (qui s'associa d'ailleurs rapidement avec HAWKEN). 
• TROY LEWIS (*). 
• UTICA JAMES (*). 
• WINDSOR NOCANOR KENDALL. 

  Mais, hormis ces illustres noms, d'autres armes toutes aussi excellentes, et non signées (car fabriquées en sous-traitance, ou à titre individuel) sont toutes aussi valables. Fort heureusement pour nous, pauvres collectionneurs, et au grand malheur des experts, car la plupart de ces armes ne sont pas signées. 

   C'est d'ailleurs à cette période qu'apparaît un bon nombre d'accessoires, jusqu'alors jugés comme superflus tels : 

• Les fausses-bouches (pour ne pas marquer les vraies bouches et faire prendre parfaitement les rayures à la balle). Ces fausses-bouches ne peuvent se placer (par 4 ou 5 goujons) dans des trous du canon (très étoffé) que dans une seule position. Un énorme guidon (dépassant le guidon originel) évite de le laisser en place lors du tir. Nous retrouvons ce système sur les carabines WESSON. 
• Les "coup de poing" (presse-balles) pour enfoncer les ogives dans la fausse bouche. 
• Des baguettes avec un repérage d'enfoncement. 
• Des embouts de baguette aux dimensions et formes exactes de la pointe de l'ogive. 
• Les premières doseuses à poudre noire, les petites balances. Des arrangements de platines, plus ou moins aberrants. 
• Les doubles détentes réglables en sensibilité, par une fine vis de précision. 
• Les organes de visée (hausses et guidons) réglables en tous sens. 
• Puis viendra les verniers (uniquement réglables en hauteur) d'abord en remplacement de la traditionnelle hausse. Ce vernier n'est en fait qu'un dioptre à trou monté sur une "échelle" réglable par vis sans fin. Ce même vernier deviendra rapidement un troisième point de visée (en fait un limitateur de champ visuel). 
• Le guidon, lui, se montera sur une queue d'aronde, réglable par vis, et sera protégé par un tunnel. Puis ce guidon changera en "iris" et sera rapidement interchangeable. 
• Et les premières lunettes de tir (qui n'étaient alors que de simples tubes, réducteurs de champs visuels, et par la suite, avec des cheveux en croix). 

  Et ne parlons pas des crosses ni des fûts qui ne font, parfois, même plus ressembler ces armes à des ....armes. On ira jusqu'à voir plusieurs "bois" (crosses et fûts) pour un même canon, selon les différentes distances de tir pratiquées. 
  Le seul avantage à tout cela, est le "clavetage" des canons aux bois, qui restera assez commun sur certaines armes. 
  A cette époque, l'arme de précision est lourde (jusqu'à 15 Kg), avec un canon très étoffé (aux alentours de 50 mm de diamètre) et souvent à 6 ou 8 pans, et d'une longueur allant jusqu'à plus d'un mètre. La crosse par contre, est assez restreinte et sa pente varie selon les tirs envisagés (debout, assis ou couché
  La platine est bien entendu à percussion, avec un chien qui peut se positionner en demi armé et armé (rare encore pour l'époque). La cheminée assez fine (civile) pour ne pas éventuellement se réarmer lors d'une charge un peu trop "musclée" est entourée par un rempart, empêchant à la fois de brûler le bois et éviter les "souffles" de gaz au visage des tireurs. 
 
L'ARME SELECTIONNEE





  Pour repratiquer cette discipline, il me fallait trouver (parmi les répliques disponibles) une arme à peu près conforme à celles de l'époque, et surtout précise. La WESSON ne pouvant pas se tirer en position couchée, il ne me restait donc que la TRYON, série courante, et surtout pas la "spéciale match", qui ne diffère en fait que par quelques éléments de visée qui ne m'auraient strictement servi à rien. 

  Pour le calibre, incontestablement du 50. D'une part parce que je connais très bien ce calibre et que je le considère comme le meilleur, surtout en maxi-balles. 

LA LUNETTE CHOISIE 
  En ce qui concerne la lunette, bien entendu, il fallait rester dans la logique de l'époque, donc la plus longue (grossissement 4). 
 
LES COLLIERS DE FIXATION 
  Et pour ce qui est des colliers de montage, Monsieur COUTURIER réalisa des copies de ceux qu'utilisaient les tireurs d'élite de l'armée du Nord durant la guerre de Sécession. 

  Le collier avant, monté à queue d'aronde, fournit le réglage latéral, en le déplaçant vers le sens ou l'on désire aller (à droite pour aller à droite, et à gauche pour redresser à gauche). 


 Le pied de support n 'est, bien entendu pas d'époque

  Le collier arrière, monté sur un socle, ne sert que pour le réglage de hauteur. Pour ce faire, il suffit de desserrer la petite molette de fixation, puis de tourner la grande molette, pour monter ou descendre la lunette. Ne pas oublier de resserrer la petite molette après vos réglages, car ceux-ci ne resteraient pas fixes. 

  La vis située sur le côté droit de l'embase, agit comme simple cale, par l'intermédiaire d'un calepin de cuir, empêchant le filetage de se détériorer. 

  La petite vis, située au sommet de ce collier, agit sur une autre cale de cuir, qui freine le coulissement de la lunette lors des tirs. Car cette lunette reculant lors du tir, il vous faudra la repositionner pour chaque tir suivant, (d'où l'utilisation du plot situé sur l'avant de la lunette qu'il vous faudra recaler dans l'encoche en "V" sur le somme! du collier avant). 

DEMONTAGE DE LA LUNETTE 
• Dévissez le plot de centrage avant et l'oculaire arrière. 
• Desserrez la petite vis située au sommet du collier arrière, sous l'embase. Attention à ne pas la perdre. 
• Dégagez la lunette du collier avant en la tirant vers l'arrière. Là aussi, attention au poussoir à ressort qui est situé dans le pied du collier et qui a toujours tendance à sauter hors de son logement. 
• Dégagez la lunette du collier arrière en la tirant vers l'avant, après l'avoir fait, légèrement, pivoter d'un côté ou de l'autre pour ne pas heurter le collier avant. 
• C'est tout ! 
 
REMONTAGE 
• Opérez simplement en sens strictement inverse au démontage, en veillant à ne pas trop serrer la petite vis située au sommet du collier, ce qui pourrait endommager irrémédiablement le réticule. 
• Vous voyez, c'est quand même du tout simple. 

AU PAS DE TIR 
  Bien tendu, ce tir de bench-rest devra s'effectuer le plus près possible de celui de l'époque, c'est à dire en tir couché, sur un simple tapis du type "tapis de selle" et l'arme reposera par l'avant sur un bi-pied, sans caler celle-ci en quoi que ce soit 

   Le tir s'effectuera sur des "C 50" placés à 100 mètres, en 10 coups tirés/comptés, et ce, en 15 minutes, brûlage compris. Le rechargement s'effectuant debout. 

  Les ogives utilisées seront donc des maxi-balles, de calibre 50, coulées en plomb pur et graissées par 50 % de suif, 40 % de cire d'abeille et 10 % de paraffine. 

   La balle sera calibrée par la fausse-bouche, qui pour le cas présent sera une simple fausse-bouche rapportée, mais ne faisant pas prendre les rayures. 

   Le "coup de poing" pour forcer la balle dans le canon sera celui de ma WESSON, et la baguette sera en laiton de 8 mm de diamètre, avec un embout strictement à la forme de la pointe de mon ogive. 

   II n'y aura pas de bourre sur la balle, cette dernière sera descendue avec une baguette marquée. C'est à dire qu'une fois la bonne dose et nature de poudre trouvée, la baguette sera marquée au niveau supérieur de la fausse-bouche, pour que toutes les autres ogives soient descendues strictement à la même profondeur. 


Détail de la patte de fixation arrière
 
  Les amorces seront des civiles Italiennes (comme pour tous mes tirs avec des armes en mono-coup). Boites noires ou rouges, peu importe. 

  Pour la poudre, je commencerai avec la dose de ma WESSON, c'est à dire 3,00 grammes de poudre ordinaire pour 50 mètres (juste au départ, afin de régler la lunette). Puis la distance augmentera ainsi que la dose de poudre si nécessaire. 

• A 50 m. : II ne me fallut que 2 séries (et quelques réglages, bien entendu) pour placer mes 10 coups dans le 10 (en un seul beau gros trou). 
• A 100 m. : II me fallut encore 3 séries, de nouveaux réglages et passer ma poudre à 4,20 grammes pour tenir à nouveau le 10. Désirant aller au-delà, je tentais (et après avoir bien pris mes différents repères) la poudre PNF 2, qui encrassa plus rapidement mon arme, sans améliorer quoi que ce soit, en score ni groupement. 

• Je revenais donc à l'ordinaire puisque cela n'allait pas trop mal. 
• A 150 m. : Toujours à 4,20 grammes je dus viser le ras du visuel à midi, sans rien changer au réglage de ma lunette (chouette non ?). 
Mais désirant tenter d'aller encore plus loin et souhaitant ne pas dérégler (si possible) cette fameuse lunette, je me bornais donc à jouer sur la dose de poudre. 
• A 200 m. : (toujours sur un C 50) je dus passer à 4,45 grammes (sic) et toujours viser le sommet du noir, pour tout juste tenir le 9 (avec 2 cordons 8 à 5 heures, bof !). 
• A 300 m. : Je dus passer sur des cartons plus grands (des 200 UIT), et hélas régler à nouveau ma lunette (ayant noué et collé du fil blanc et fin sur le filet de vis, réglé pour les tirs précédents) II y aurait d'ailleurs quelque chose à trouver pour prendre des repères de distances, sur cette vis. La poudre passa à 4,92 grammes en 4 séries consécutives pour pouvoir tenir simplement le 8 







Un aspect du recul de l'arme

  Devant ces résultats, et puisque l'Arsenal ne me réclamait pas encore l'arme, je décidai donc de tenter quelques séries à 500 mètres. Mais pour voir correctement la cible je dus prendre la 300 UIT (105 x 105), augmenter la dose de poudre au fur et à mesure des tirs, changer l'oculaire de mon télescope de tir et placer deux bourres de feutre (1 sèche sur la poudre et une autre graissée dessus). 

  Et au bout de 9 séries, à 5,80 grammes de poudre (toujours ordinaire) je pus enfin tenir le 8 sans problème (partout certes, mais dans le 8). 

Puis hélas l'armurier me réclamant son arme je dus me résoudre à lui rendre. Mais je garde l'espoir de lui voir fournir un beau jour les mêmes lunettes de grossissement 8, 10 ou 15 et alors là je compte bien monter une équipe spécialisée, parmi mes fous, de Bench-Rest aux armes anciennes. Mais bougre de co…(idiot) que je suis, pourquoi n'ai-je pas pensé a lui acheter cette sacrée lunette. La Tryon j'ai l'ai trouvée, mais pas la lunette. Si un lecteur de cet article en trouve ou en vend une J'ACHETE ILLICO !

Du tir en "BENCH-REST" A LA POUDRE NOIRE 
(Oui, bien sûr c'est possible !)